Hier matin , en traversant le pont , qui mène à mon boulot,
un homme recroquevillé en bas dans le PAILLON,
a attiré mon attention.
Je me suis arrêtée INTRIGUéE,
puis reprenant ma marche,
je n'ai cessé de l'observer !
Puis j'ai vu et j'ai Compris
Cet homme comme toi et moi,
simple mortel dans l'eau froide qui coulait,
se lavait simplement les pieds !
Ne se sachant pas épié,
où certainement n'en faisant plus cas,
il faisait le plus dignement possible,
sa toilette dans l'eau glacée du paillon,
dans l'inconfort et le dénuement le plus total !
DE LUI, Je ne pouvais détacher mon regard,
pas par voyeurisme,
pas pour admirer un homme,
mais, je ne peux l'expliquer,
attiré comme un aimant,
par le manège incongru,
d'un S.D.F. vivant dans la rue !
Alors, je l'ai vu plié ses affaires avec grand soin,
les cacher dans un pillier de peur d'être volé,
du peu qu'il possédait,
Je l'ai vu éteindre un tout petit feu
sous l'arcade du pont,
sur lequel moi la privilégiée je marchais
pour rejoindre mon bureau.
Du pont je me suis éloignée,
et je n'ai cessé de penser,
à cet homme sur lui penché,
démuni, seul dans ses propres pensées !
LE VENT GLACé CARESSAIT MES JOUES,
je me suis dit, que pour lui
LE VENT GLACé lui MORDAIT LES SIENNES,
TRISTE JOURNéE,
POUR MOI SI BIEN COMMENCéE,
BIEN INSTALLéE DANS MON PETIT CONFORT,
BIEN POMPONNéE DANS MA SALLE DE BAINS SURCHAUFFéE,
PAR MON BOULOT PRéOCCUPéE,
ET LUI, EN BAS, QUE POUVAIT-IL DIRE ?
LUI PAR LA VIE OUBLIé,
LUI, DANS LA RUE DEVANT SURVIVRE,
LUI, SANS REPAIRE DéLAISSé,
LUI QUI NE REGARDE MêME PLUS AUTOUR DE LUI,
INDIFFéRENT à CETTE SOCIéTé,
DONT IL EST LE REJET !
J'AI PENSé COMBIEN IL AURAIT SANS DOUTE AIMé,
PAR UN BOULOT ÊTRE PRéOCCUPé !
Et, TOUTE LA JOURNéE, IMPUISSANTE,
J'AI SENTI EN MOI LA COLèRE GRONDéE,
TANT D'INJUSTICE, TANT D'INéGALITé,
MOI DANS MON PETIT MONDE éGOïSTE,
A ME RELUQUER LE NOMBRIL !
LUI DANS CE GRAND MONDE DéFAITISTE,
A NE PLUS POUVOIR SE REGARDER,
TOUT SIMPLEMENT,
MAIS ESSAYANT DE CONSERVER,
RESPECT et DIGNITé !
CLICHéS, ME DIREZ-VOUS ,
COMBIEN VOUS AVEZ RAISON,
CAR DANS MON CONFORT JE DEMEURE,
FERMANT LES YEUX JE ME LEURRE !
NE RIEZ PAS, NE JUGEZ PAS,
VOUS ÊTES TOUS autant éGOîSTES QUE MOI !
TROP CONTENTS d'éCHAPPER, COMME MOI
à LA MISèRE ENGENDRéE ,
PAR NOTRE MONDE CIVILISé ?????????????
CIVILISé POUR QUOI , POUR QUI ?
TOI,SDF, sans domicile aujourd'hui,
Ton univers étant la rue,
TOI, tu as le droit à la rage,
voir à la haine,
contre cette société qui t'oublie.
MOI, SCF, sans conscience fixe, Quel droit ais-je ?
Si ce n'est de rien dire,
puisque je ne fais rien !
me contentant de suivre cette majorité,
Trop heureuse de posséder,
Réalisant, que de la Vie
j'étais quand même un peu gâtée !
Moins que certains SCF sans doute,
MAIS tellement plus que toi SDF !
ALORS, je me rassure en me disant
que dans cette Société de MERDE pour toi,
Il y a des gens moins égoîstes que moi,
qui assurent et, se battent,
essayant de réveiller les consciences !
Et je leur dis "Chapeau BAS !
Pour moi, déjà un premier pas,
car réceptive à leur révolte,
je réfléchis de plus en plus,
au bénévolat,
En me disant demain ma fille,
ce pourrait être TOI ! |